Utopolis de Werner Illing
Originaire d’Allemagne, Werner Illing vit son roman Utopolis publié dans l’entre-deux-guerres, plus précisément en 1930. Cette œuvre mêle les genres utopiques et dystopiques à une période où l’optimiste est rare dans son pays toujours marqué par le désarroi et le ressentiment d’une Première Guerre mondiale à demi perdue. Dans un premier temps, l’œuvre décrit une utopie d’orientation socialiste et entièrement tournée vers le progrès technique. Il est intéressant de noter qu’habituellement la recherche d’un haut progrès technologique est réservée aux civilisations dystopiques (tel que dans 1984, Le meilleur des mondes etc.). Cette œuvre fait donc figure d’exception sur ce plan particulier. Plus classiquement, les êtres humains y sont traités en tant qu’égaux sous tous les plans et les classes sociales y sont absentes.
Œuvre d’anticipation, sociétés en conflit
Un aspect intéressant de l’œuvre est la clairvoyance d’Illing dans sa prédiction des avancés techniques de notre civilisation. Ainsi, les habitants de son utopie profitent de la télévision, de drones, de méthodes d’apprentissage hypnotique, de techniques de projections holographiques et de trains à sustentation magnétique. La seconde partie du roman est vouée à la description de la guerre que lance la dystopie capitaliste voisine à l’utopie. Cette dystopie, nommée U-Privat, n’hésite pas à utiliser des pratiques immorales ou très discutables lors de sa conquête de l’utopie. Par exemple, elle offrira de la cocaïne gratuitement aux habitants de sa société rivale afin de contenir les rébellions. Une guerre plus politique s’en suit entre l’envahisseur capitaliste et les socialistes natifs de l’utopie. On voit à ce moment l’orientation très anticapitaliste qu’Illing donne à son œuvre, faisant de l’ouvrage un véritable manifeste pour la démocratie socialiste. Cette orientation est toutefois très compréhensible, sinon justifiée par le contexte historique de l’Allemagne de l’époque. En somme, Utopolis est un ouvrage mêlant utopie et dystopie sous un angle intéressant, teinté par le désarroi d’une nation.






